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Ski fait quoi et pourquoi? Le partenariat au service de l’action

Sans titre
« On peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conversation », disait Platon.

Voici un des enseignements majeurs du « séjour ski » qu’il m’a été « proposé » de vivre, durant ces vacances d’hiver.

Le séjour ski, un tantinet mal nommé puisqu’il se déroule sans hébergement, c’est une semaine de ski, dans une station environnante, pour cinquante jeunes thononnais, âgés de 11 à 17 ans. Il est organisé, chaque année, par nos collègues de l’animation socioculturelle.
Sur cette opération, l’E.P.D.A. de Prévention Spécialisée offre, « traditionnellement », un appui humain, à hauteur de deux ou trois éducateurs rendus disponibles pour la semaine.

Crédit photo : Mia & Steve Mestdagh

Crédit photo : Mia    & Steve Mestdagh

Il m’a semblé que c’est bien dans cette dimension partenariale que réside la nécessité absolue de clarté quant à ses ambitions, et de clairvoyance dans l’identification des enjeux partenariaux et des niveaux d’implication qui vont avec, tant elle est propice à nourrir l’imaginaire, voire le fantasme, les illusions et donc, les ressentiments.

Cinq mois durant, des hésitations…

Nouveau dans l’Établissement, j’ai participé aux débats qui ont traversé l’équipe éducative en amont du séjour. Imprégné des discours ambiants sur le séjour ski, la place qu’on y occupe, le partenariat avec l’animation socioculturelle d’une manière générale, un temps leurré par des ambitions énoncées, mais illusoires de co-construction du projet, mon état d’esprit a oscillé entre l’absence totale de la moindre envie, l’intérêt un temps entrevu, l’agacement lié à un certain sentiment d’instrumentalisation, pour en arriver au moment « T », au pied du car le lundi matin à 8 heures.

Cinq jours durant, du plaisir avant tout !

Certes, les conditions météos furent exceptionnellement idéales ; certes, notre « public cible » était largement au rendez-vous, conférant ainsi un intérêt évident à notre présence ; certes, la dynamique positive du groupe dans son ensemble fut remarquable, et par tous remarquée. Mais quand bien même ces éléments contextuels eurent été moins favorables, c’est aussi dans

Crédit Photo : Trysil

Crédit Photo : Trysil

le partenariat à l’échelon du terrain que le compte y aurait été de toute façon, dans l’expérience et le vécu partagés, avec les collègues animateurs, dans la prise en charge conjointe d’un groupe de jeunes, permettant une connaissance mutuelle, forgeant une reconnaissance réciproque.
Jusqu’alors, nous nous connaissions dans le sens où nous nous identifiions. Nom, prénom, affectation. Quelques réunions, quelques échanges, formels ou non.
Mais dans cette situation partagée d’accompagnement de jeunes, c’est dans notre posture, notre identité professionnelle propre, notre patine, ce qui fait notre singularité dans l’exercice de nos missions respectives qu’il nous a été possible de nous rencontrer.

Pour l’avenir, des enseignements…
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Crédit photo : Roderick Eime

La parole, certes, engage celui qui la prend. Mais les mots, les signifiants, ne sont toujours qu’une représentation de ce que l’orateur nomme, de ce dont il parle. Les mots sont choisis, jamais au hasard, toujours avec une intention, qu’elle soit consciente ou non, qui de plus se joue sur une scène sociale.
Il est aussi question, quand on parle, de se représenter : ce qu’on imagine de ce que perçoit l’autre n’est jamais bien loin, et de là, les enjeux de place, de pouvoir, les stratégies.
Si le travailleur social se donne à voir, c’est autant dans ce qu’il fait que dans ce qu’il dit de ce qu’il fait, dans ce maillage entre ces deux dimensions, dans lequel l’une ne peut se passer de l’autre.
Je connaissais, avant cette action, mes partenaires de l’animation socioculturelle surtout à travers le discours qu’ils élaboraient sur ce qu’ils faisaient, et eux de même, me concernant. Dans l’action, auprès des jeunes, une autre facette de chacun de nous s’est découverte, s’est dévoilée à l’autre. On s’est vu faire, on s’est vu se positionner, ce qui nous faisait hésiter, douter ou nous questionner, là où chacun s’affirmait. En se racontant notre vécu, nous avons construit notre intervention ensemble. On a vu et partagé notre engagement relationnel, ce qui a significativement affiné ce que l’on percevait l’un de l’autre, et nous a mutuellement enseigné quelque chose de l’autre.
De plus, nous nous sommes construit une histoire ensemble. Nous avons maintenant des souvenirs à partager, des moments qui feront trace commune.
Après la connaissance dans le rendu, advenait la connaissance dans le vécu, la re-connaissance.

Et je suis maintenant convaincu que si notre place sur le séjour ski est pertinente, c’est à condition de se dégager des enjeux d’ego et de reconnaissance dans le partenariat, des ambitions fallacieuses que l’on énonce pour se faire plaisir, et qui n’ont d’autres finalités que de se neutraliser pour ne pas risquer la rivalité ; parce qu’objectivement, je ne vois pas quelle autre fonction elles peuvent bien remplir, une fois que l’on a pris conscience qu’il est absurde et vain de parler de « co-construction », attendu que nous n’avons aucunement la main sur la contrainte budgétaire (qui, soit dit en passant, échappe aussi à nos collègues animateurs, chargés d’organiser l’évènement). Comment ces ambitions pourraient-elles générer autre chose que du ressentiment, puisqu’elles ne peuvent, par nature, jamais être satisfaites ?
C’est en étant clair et lucide sur nos enjeux et nos ambitions que l’on construit du «comme-un» plutôt que de la division.
Je n’ai pas d’énergie à perdre à batailler pour un statut de co-décideur dans le choix de la compagnie de car ou du fournisseur de sandwich, ou à débattre stérilement sur la question de savoir si on distribue le goûter avec le sandwich ou après la journée de ski. J’ai en revanche beaucoup à apprendre dans le vécu du moment avec des co-opérateurs de terrain.

David LEMONNIER, éducateur de rue – Thonon